Aller plus loin : L’Édito de FLAVIE

Pour conclure cette première phase, nous avons demandé à Flavie qui fait une thèse sur les FabLabs de nous donner son avis sur l’évolution du mouvement des Makers et des FabLabs. C’est en dessous :

ÉDITO

« S’initier à la fabrication numérique ». Oui, mais qu’est-ce que la fabrication numérique et qu’est ce qu’un FabLab (Un lieu où on pratique la fabrication numérique) ? Où trouver ce type de lieu ? Comment le « mouvement » des fablabs évolue-t-il ?
Y répondre dans le cadre du court édito de ce MOOC n’est pas une mince affaire et les réponses ne seront pas ici exhaustives. Mais l’enjeu est de taille : vous serez plus nombreux à lire cet édito que ma thèse1 😊

Un fablab est d’abord un concept avant d’être un lieu et un label. Son histoire est désormais bien connue : la paternité du concept revient à Neil Gershenfeld, professeur au Massachusets Institute of Technology (MIT). Ce dernier ouvre en 1998 un cours appelé « how to make (almost) anything »2 pour développer ses recherches sur la fabrication numérique personnelle et questionner les méthodes de l’enseignement universitaire. Des étudiants issus de formations variées s’initient à la pratique d’un ensemble de machines à commande numérique. Suite au succès de ce cours, la National Science Foundation (NSF) accorde son soutien financier à la poursuite des recherches du Centre du MIT.

En contrepartie, les chercheurs du MIT sont invités à équiper d’autres populations du monde avec les machines testées aux États-Unis, pour démocratiser la fabrication numérique. En 2007, face au développement d’autres fablabs, une charte et un logo sont publiés par les chercheurs de l’université américaine. Le texte de la charte, qui a évolué depuis, met l’accent sur l’inscription du fablab dans un réseau mondial. Il pointe la nécessité d’ouvrir gratuitement le fablab au public ou de conditionner son accès payant à la production de services (formation, animation…). Il insiste également sur la formation par l’apprentissage, de manière individuelle ou collective, des techniques de fabrication. L’activité commerciale des fablabs ne doit pas nuire à l’exigence d’ouverture.

Au début des années 2000, les fablabs étaient labellisés par le MIT en fonction de critères spécifiques, tels que l’ouverture au public, l’adhésion à la charte, le partage des outils et des processus communs, ainsi que la participation au réseau mondial. En janvier 2017, on comptait 1078 fablabs, dont 143 aux États-Unis et 137 en France3. Tous ne sont pas reconnus par le MIT.

Si la charte est toujours un texte de référence pour bon nombre de lieux qui s’auto-labellisent aujourd’hui « fablab », sont démontrées des formes d’appropriation venant questionner les normes édictées par le MIT4. Les lieux se dénommant fablabs sont aujourd’hui d’une grande diversité. Certains portent sur des thématiques spécifiques (nautisme, handicap…) alors que d’autres ont une approche plus généraliste, plus ou moins pluridisciplinaire (mécanique, électronique, design, arts…). Plus ou moins connectés les uns aux autres et plus ou moins ouverts, la notion de partage s’y décline de manière plurielle. Les attentes sont multiples et parfois ambiguës.

À ce propos, l’analyse du discours médiatique entre 2010 et 2016 (presse généraliste nationale) montrent les fablabs comme des lieux à la fois en phase et en rupture avec le système capitaliste, favorisant la création de start-up tout en permettant l’éveil de l’esprit critique et l’empowerment, entre autres.

Il apparaît ainsi pertinent de penser les fablabs au prisme d’un continuum de lieux d’expérimentation et de fabrication numérique5. On trouve sur ce continuum d’autres types de lieux (hackerspaces, makerspaces, hacklabs…) issus de processus de diffusion différents, moins formalisés que celui caractérisant les fablabs. L’ensemble de ces lieux se différencient à plusieurs niveaux (valeurs, organisation, fonctionnement, identité physique et sociale…) mais ont assez en commun pour que les compétences acquises au terme de ce MOOC vous permettent de saisir la nature de ces lieux et leurs potentiels, mais aussi dans un autre, ou plusieurs, de ces types de lieux.

Tous confortent une culture numérique dont deux des composantes sont la participation et le bricolage. Ils prennent part au mouvement « faire » tel qu’il est défini par Chris Anderson : auto-fabrication numérique et personnalisée, constitution d’un réservoir de savoirs sur Internet. L’expérimentation est une autre de leur caractéristique, d’une part parce que les machines à commande numérique sont destinées au prototypage rapide, d’autre part parce qu’il s’agisse de la fabrication d’un meuble, de l’impression 3D d’une tête de Yoda ou de programmation informatique, l’apprentissage par la pratique et le faire soi-même résonne comme un mantra.

Il se traduit par des pratiques expérimentales par leur situation. On apprend en faisant, au risque de se tromper. L’erreur et l’échec sont valorisés au service de l’inventivité et de la créativité. Enfin, au-delà des pratiques, ces lieux sont eux-mêmes des expérimentations. Ce sont des lieux en émergence, peu stabilisés, qui testent des formes de gouvernance, des modèles économiques et des agencements de l’espace. Faites-en vous-même l’expérience !

Flavie Flavie ferchaud

Références

  1. Thèse pluridisciplinaire (géographie, aménagement de l’espace et science politique), débutée en 2014 au sein du laboratoire Espaces et Sociétés (ESO – Université Rennes 2) et du laboratoire CRAPE-Arènes (Institut d’Etudes Politiques de Rennes), en partenariat avec Rennes Métropole. La thèse porte sur le rôle et la place des lieux d’expérimentation et de fabrication numérique dans les territoires urbains. L’enquête s’est déroulée en France et en Belgique.
  2. Comment faire (presque) n’importe quoi
  3. fablabs.io/labs
  4. Bosqué Camille, « Des fablabs dans les marges : détournements et appropriations », Journal des anthropologues, n°142-143, 2015, pp. 49-74
  5.  Lallement Michel, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Le Seuil, Paris, 2015

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